Comment ça marche ?

Vos cours de sciences nat’ sont peut-être déjà loin. Petit rappel pour fixer le cadre. Dans l’œil, la rétine est composée de photorécepteurs et d’un réseau de neurones qui jouent un rôle essentiel pour la vision. Si les photorécepteurs, chargés de capter les rayons lumineux, ne font plus convenablement leur travail, la vue est altérée et peut conduire à la cécité. Jusqu’ici, vous suivez ?

L’œil bionique, c’est en fait un système de prothèse rétinienne électronique qui vient se substituer à ces photorécepteurs. Une caméra insérée dans une paire de lunettes transmet les images à un micro-ordinateur placé dans la poche ou à la ceinture. Cet ordi de poche transforme les informations de la caméra en une série de petites pulsations électriques qui sont transmises sans fil vers une série d’électrodes implantées chirurgicalement à la surface de la rétine, ou bien sous la rétine.

C’est pour qui ?

Ce petit bijou de technologie est destiné aux personnes souffrant d’une perte de la vision à un stade avancé, suite à une maladie dégénérative de la rétine, telle la rétinopathie pigmentaire. Cette affection génétique qui endommage lourdement les photorécepteurs de l’œil touche en moyenne, à la naissance, 1 individu sur 4 000 (30 000 cas environ en France). Ces prothèses rétiniennes sont aussi envisageables pour les personnes âgées atteintes de DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age), cette maladie où des tâches noires dégradent peu à peu la vue.

Est-ce que ça marche ?

Bonne nouvelle, les scientifiques commencent à avoir un peu de recul sur cette innovation et disposent donc d’éléments de réponse à cette question cruciale pour les personnes concernées. L’Américain Second Sight, un des premiers à avoir proposé ce système de vision artificielle, a récemment publié une étude sur le sujet dans la revue Ophtalmology. Menée dans dix centres de soins aux Etats-Unis et en Europe, elle est basée sur le suivi de 30 patients non-voyants équipés depuis 5 ans de sa prothèse rétinienne Argus II.

Conclusion ? Bionique ne rime pas avec magique ! En enfilant les lunettes au réveil, après l’opération, les patients implantés perçoivent des formes lumineuses en noir et blanc, qu’ils ne savent pas immédiatement interpréter. Plusieurs heures quotidiennes d’exercices sont nécessaires pour apprendre cette nouvelle façon de voir sans l’aide de l’oeil. L’apprentissage commence à l’intérieur du domicile d’abord, durant 2 à 3 mois. Puis à l’extérieur pendant encore trois autres mois. Et ce n’est pas toujours simple : la caméra insérée dans les lunettes filme en face du patient avec un angle réduit, il est donc nécessaire de bouger la tête pour distinguer la hauteur et la largeur d’un meuble ou d’un poteau de signalisation. Toutefois, en associant et en ordonnant les signaux lumineux qu’ils perçoivent, les patients implantés et équipés gagnent ainsi en mobilité, pour se déplacer seuls dans une pièce, visualiser des passages piétons ou encore distinguer la forme d’une personne debout ou assise à côté d’eux. Nul doute que la technologie va progressivement améliorer encore le dispositif !

Combien ça coûte ?

Cher, très cher : environ 90 000 € le dispositif. Mais, autre bonne nouvelle, les implantations sont prises en charge par l’Assurance Maladie en France, dans le cadre du « forfait innovation ». Dans un premier temps, 36 personnes au total seront prochainement équipées, au sein de trois établissements hospitaliers : le CHNO des Quinze-Vingts à Paris, le CHU de Bordeaux et le CHU de Strasbourg.